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FICHE PRATIQUE · BILAN DE PRÉVENTION

Entretien — que répondre dans les situations difficiles

Des exemples pour répondre aux objections en consultation, comprendre les freins et faire émerger un premier changement possible.

Support pour le praticienRessource documentée
Dans cette fiche · 8 rubriques

Le piège numéro un : le réflexe correcteur

Face à quelqu'un qui fume, qui ne bouge pas ou qui repousse un dépistage, l'envie de corriger est immédiate : expliquer, convaincre, argumenter. C'est le réflexe correcteur décrit par Miller et Rollnick, et il produit l'inverse de ce qu'on cherche.

Mécanisme : plus vous défendez le changement, plus la personne défend le statu quo — elle s'entend elle-même énoncer ses propres arguments contre, et s'y ancre. C'est la réactance.

Règle simple : c'est la personne qui doit prononcer les arguments du changement, pas vous. Votre travail est de poser les questions qui les font venir.

« Je n'ai pas le temps »

Ce qui ferme : « Il suffit de 30 minutes par jour, tout le monde peut les trouver. » La personne entend qu'elle s'organise mal.

Ce qui ouvre : « Racontez-moi une journée type. » Puis chercher avec elle les interstices réels : le trajet, la pause, les escaliers, le temps déjà passé debout.

Chez un patient déjà suivi en rééducation, l'argument porte davantage : les minutes d'activité existent déjà, il s'agit de les nommer et de les prolonger. Ce n'est pas un vœu pieux : les interventions d'activité physique délivrées ou initiées par un professionnel en soins premiers augmentent d'environ 33 % la probabilité que la personne atteigne les recommandations d'activité d'intensité modérée à élevée (Kettle et al., méta-analyse d'essais randomisés, BMJ 2022). Cela ne demande pas une consultation dédiée.

« J'ai déjà essayé, ça n'a pas marché »

Ce qui ferme : « Il faut réessayer, c'est normal d'échouer. » La personne entend que sa tentative ne comptait pas.

Ce qui ouvre : « Qu'est-ce qui avait marché, même un peu, la dernière fois ? Et qu'est-ce qui vous a fait décrocher ? »

Dans le modèle des stades du changement (Prochaska et DiClemente), la rechute n'est pas un échec : c'est une étape du processus, qui laisse des acquis. Une personne qui a arrêté de fumer trois mois sait arrêter — c'est le maintien qui a manqué, pas la capacité.

« De toute façon, il faut bien mourir de quelque chose »

Ce qui ferme : sortir les chiffres de mortalité. Le fatalisme ne se combat pas avec des statistiques, il se contourne.

Ce qui ouvre : déplacer du mourir vers le vivre. « Ce qui m'intéresse, ce n'est pas de vous faire vivre plus longtemps, c'est que vous puissiez encore porter vos courses et jouer avec vos petits-enfants dans dix ans. »

C'est souvent le meilleur terrain pour un kinésithérapeute : l'autonomie, la marche, l'équilibre, la douleur en moins. Des bénéfices visibles en semaines, pas en décennies.

« Mon grand-père fumait et il a vécu jusqu'à 95 ans »

Ce qui ferme : « C'est une exception statistique. » Vous avez raison et vous avez perdu la personne.

Ce qui ouvre : accueillir sans contredire, puis ramener à elle. « C'est vrai, certains passent entre les gouttes. Et vous, comment vous sentez-vous, vous, en ce moment ? »

« Ça va, je n'ai besoin de rien »

Le cas le plus fréquent, et le plus mal traité : la personne ne demande rien. Elle est venue parce qu'on lui a proposé.

Ce qui ouvre : ne pas chercher un problème à tout prix. Valoriser ce qui va (« vous marchez tous les jours, c'est exactement ce qu'il faut »), vérifier les dépistages et vaccinations de sa tranche d'âge, et poser une seule question de sortie : « s'il y avait une chose que vous aimeriez améliorer, ce serait quoi ? »

Un bilan qui conclut « rien à changer, tout est à jour » est un bilan réussi. Il n'est pas obligatoire de repartir avec un objectif.

« Je veux tout changer »

L'enthousiasme est un piège symétrique : arrêter le tabac, se remettre au sport et perdre dix kilos le même mois échoue presque toujours, et laisse la personne convaincue qu'elle n'y arrivera jamais.

Ce qui ouvre : « Par lequel commencer, si vous ne deviez en garder qu'un ? » Le kit officiel impose d'ailleurs cette discipline : une ou deux priorités, pas plus.

Les deux outils qui débloquent presque tout

Les échelles sur 10. « Sur 10, à combien estimez-vous votre envie de changer ? Et votre confiance dans le fait d'y arriver ? »

Puis la question qui fait tout le travail : « pourquoi 6 et pas 3 ? » — la personne énonce elle-même ses raisons de changer. Ne jamais demander « pourquoi 6 et pas 9 ? », qui la ferait argumenter contre.

Si la confiance est basse alors que l'envie est haute, le problème n'est pas la motivation mais les moyens : c'est là qu'on ajuste l'objectif à la baisse jusqu'à ce qu'il devienne crédible.

Le résumé final. Reformuler à voix haute ce que la personne a décidé, puis co-rédiger le plan personnalisé et lui proposer de l’écrire si elle le souhaite et le peut.

LES RÉFÉRENCES DE CETTE RESSOURCE

Sources et documents de référence

Miller WR, Rollnick S — L'entretien motivationnel : aider la personne à engager le changement

Ouvrage de référence — 2e éd. française, InterEditions, 2013 ; 4e édition anglaise, Guilford Press, 2023, celle que cite le mémo de la formation officielle

Prochaska JO, DiClemente CC — Stages and processes of self-change of smoking: toward an integrative model of change

Étude princeps du modèle transthéorique · J Consult Clin Psychol, 1983;51(3):390-395

Kettle VE, Madigan CD, Coombe A, Graham H, Thomas JJC, Chalkley AE, Daley AJ — Effectiveness of physical activity interventions delivered or prompted by health professionals in primary care settings

Revue systématique et méta-analyse d'essais randomisés · BMJ, 2022;376:e068465 — les interventions augmentent d'environ 33 % la probabilité d'atteindre les recommandations d'activité physique d'intensité modérée à élevée

Kit officiel Mon Bilan Prévention — autoquestionnaires, fiches d'aide au repérage, Plan Personnalisé de Prévention

Ministère chargé de la santé / Assurance Maladie / MSA / Santé publique France (documents par tranche d'âge sur ameli.fr)

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