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FICHE PRATIQUE · BILAN DE PRÉVENTION

Situations de vulnérabilité — repérer et adapter

Repérer la précarité, l’isolement, le handicap et les obstacles aux droits ; adapter l’entretien et proposer les relais utiles.

Support pour le praticienRessource documentée
Dans cette fiche · 6 rubriques

Pourquoi c'est le coeur de cible du dispositif

Le Haut Conseil de la santé publique le pose clairement dans son avis sur le déploiement des rendez-vous de prévention : « il est important que ces rendez-vous ciblent en priorité les personnes les plus éloignées du système de santé, en s'appuyant sur les acteurs à leur contact et qu'elles puissent bénéficier de structures d'aval. » C'est aussi le cadrage du module 4 de la formation officielle EHESP.

Autrement dit : un bilan qui ne toucherait que des personnes déjà suivies, déjà informées et déjà dépistées manquerait son objet. Le kinésithérapeute a ici un avantage réel — il voit ses patients longtemps, souvent, et dans la durée, ce qui crée une confiance que la consultation ponctuelle permet rarement.

La vulnérabilité n'est pas un état de la personne, c'est une situation, souvent temporaire et cumulative : perte d'emploi, deuil, isolement après un déménagement, aidant épuisé, douleur chronique qui a fait renoncer aux soins.

Les situations à savoir repérer

  • Précarité économique — renoncement aux soins pour raisons financières, absence de complémentaire, reste à charge redouté.
  • Isolement social — peu ou pas de contacts, personne à prévenir en cas de besoin, aidant sans relais.
  • Handicap — moteur, sensoriel, cognitif ou psychique : accessibilité du cabinet, durée du rendez-vous, mode de communication.
  • Santé mentale — troubles anxio-dépressifs, addictions, qui désorganisent le suivi et le recours.
  • Barrière de la langue et faible littératie en santé — comprendre une ordonnance, un courrier de convocation, un test à faire chez soi.
  • Non-recours aux droits — des droits ouverts mais non utilisés, faute d'information, de démarches accessibles ou par renoncement.

Repérer sans stigmatiser

La question directe sur les revenus est rarement utile et souvent mal vécue. Ce qui fonctionne en cabinet :

  • Partir du concret : « Est-ce qu'il vous arrive de repousser des soins ou d'y renoncer ? Pour quelles raisons ? »
  • Normaliser la question : « Je pose ces questions à tout le monde, elles m'aident à proposer des choses réalistes. »
  • Écouter les signaux : rendez-vous manqués ou décalés, ordonnances non honorées, examens repoussés, difficulté à se déplacer, personne qui vient toujours seule ou toujours accompagnée.

Le score EPICES (11 questions, validé dans les Centres d'examens de santé) permet d'objectiver une situation de précarité individuelle lorsqu'un repère chiffré est utile — pour un signalement, un dossier ou une orientation argumentée. Il se remplit en deux minutes.

Adapter l'entretien

  • Une information à la fois, phrases courtes, mots du quotidien. Les chiffres relatifs (« un sur dix ») sont mieux compris que les pourcentages.
  • Faire reformuler plutôt que demander « avez-vous compris ? » : « pour être sûr d'avoir été clair, vous me redites ce que vous allez faire ? »
  • Écrire ce qui compte, en gros, sur le plan personnalisé — c'est ce qui repartira à la maison.
  • Un seul objectif plutôt que deux, s'il doit être tenu dans un quotidien déjà contraint.
  • Vérifier la faisabilité réelle : coût, transport, horaires, garde d'enfants. Un dépistage à 30 km sans voiture n'aura pas lieu.

Barrière de la langue : la HAS recommande le recours à un interprète professionnel. Ne pas faire traduire par un proche, et jamais par un enfant — confidentialité, fidélité de la traduction et charge imposée à l'enfant.

Les trois leviers de la formation officielle

Le module 4 de la formation EHESP en retient trois, complémentaires :

  • La littératie en santé — la capacité de la personne à trouver, comprendre et utiliser l'information de santé. Une bonne littératie réduit les consultations répétées et améliore l'adhésion aux traitements. C'est elle qu'on travaille en faisant reformuler et en écrivant l'essentiel sur le plan personnalisé.
  • La médiation en santé — définie par la HAS comme une « fonction d'interface assurée entre les personnes vulnérables éloignées du système de santé et les professionnels intervenant dans leur parcours de santé », afin de faciliter l'accès aux droits, à la prévention et aux soins. Le médiateur n'est pas un traducteur : il fait le lien, accompagne les démarches et désamorce les incompréhensions. Se renseigner sur les dispositifs de médiation actifs sur son territoire (associations, centres de santé, PASS, programmes ARS).
  • L'interprétariat en santé — la traduction linguistique proprement dite, par un professionnel, pour les personnes non francophones.

Les deux référentiels HAS de 2017 — l'un sur la médiation, l'autre sur l'interprétariat — fixent le cadre de ces deux métiers.

Orienter — les relais à connaître

  • Complémentaire santé solidaire — gratuite ou moins de 1 EUR par jour selon les ressources ; simulateur sur ameli.fr. Elle couvre les séances de kinésithérapie sans reste à charge.
  • Mission accompagnement santé de la CPAM — un conseiller rappelle la personne et l'aide dans ses démarches ; c'est aussi la voie pour signaler, avec son accord, une personne sans médecin traitant.
  • PASS (permanences d'accès aux soins de santé) à l'hôpital, pour les personnes sans couverture ou en rupture de droits.
  • France Services et travailleurs sociaux du secteur, pour les démarches administratives.
  • Associations locales : aide alimentaire, transport solidaire, groupes de marche, clubs — souvent plus efficaces qu'une orientation médicale de plus.

Inscrire le nom, l'adresse et si possible un numéro de téléphone précis dans le plan personnalisé : une orientation générique (« voir une assistante sociale ») se perd, une orientation nominative aboutit.

LES RÉFÉRENCES DE CETTE RESSOURCE

Sources et documents de référence

Haut Conseil de la santé publique — Avis relatif au déploiement des rendez-vous de prévention aux âges clés de la vie

Avis HCSP (cible prioritaire : les personnes les plus éloignées du système de santé)

Haute Autorité de Santé — La médiation en santé pour les personnes éloignées des systèmes de prévention et de soins : référentiel de compétences, de formation et de bonnes pratiques

Référentiel HAS, octobre 2017 — « fonction d'interface assurée entre les personnes vulnérables éloignées du système de santé et les professionnels intervenant dans leur parcours de santé »

Haute Autorité de Santé — Interprétariat linguistique dans le domaine de la santé

Référentiel de compétences, de formation et de bonnes pratiques, HAS, 2017

Assurance Maladie — Complémentaire santé solidaire

Conditions, simulateur de droits et demande en ligne (ameli.fr)

Odenore — Observatoire des non-recours aux droits et services

Travaux de référence sur le non-recours aux droits sociaux et aux soins

EHESP — plateforme de ressources « Mon Bilan Prévention »

Formation en ligne officielle, gratuite et facultative : 8 modules + focus thématiques (formation.bilan-prevention.ehesp.fr)

Révision documentaire et logicielle : 28 septembre 2026. Les limites et la version sont précisées pour chaque ressource. Cette révision ne constitue pas une validation clinique indépendante de l’instrument numérique.

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